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Dragon de poulailler
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Nom scientifique : Draco gallinarium
Autres appellations : Le dragon-poule, la peste de basse-cour

Année de découverte : Ce petit dragon a été décrit aux alentours de l'an 1008, par l'abbé Lardin, au monastère des Hautes espérances en Corrèze. L'ouvrage, élégamment enluminé, a été soigneusement dissimulé par son auteur, qui craignait l'excommunion. Les dragons étaient bêtes du diable à l'époque, ce qui n'a pas arrêté les moines érudits de poursuivre leurs recherches et de noter leurs observations dans le plus grand secret.
Année de d'extinction : Le dernier dragon de poulailler s'est éteint en avril 2009 au Conservatoire des Espèces de Dragons en Danger. Des spécimens empaillés peuvent encore être admiré dans certains musées dracologiques.

Capacité spéciale : Le dragon de poulailler est capable de prendre la couleur de plumage de la dernière poule qu'il a dévorée.
Quelques études comparatives ont démontrées que ce dragon pouvait 'juste' changer la couleur de ses plumes mais en aucun cas adapter sa morphologie à celle de sa victime comme on l’a longtemps pensé. Ils pouvaient par exemple très bien prendre les teintes colorées de superbes canards d'ornement, mais la ressemblance s’arrêtait là.

Taille : Le dragon de poulailler fait la taille d'une poule commune. Des individus nains ont cependant été découverts dans des élevages de petites poules cayennes.


Morphologie : Le dragon de poulailler était un hexapodiate. (4M, 2A) Sa tête, serpentine et assez plate, était surmontée d’une crête charnue identique à celle des gallinacés. Ses deux yeux, aux pupilles fendues, allaient d’une belle couleur miel à un orangé doré. Ses membres antérieurs, bien plus petits et graciles que les membres postérieurs, étaient la plupart du temps repliés et dissimulés sous les ailes. Les postérieurs, puissants et terminés par 4 doigts, étaient en mesure de soutenir le poids du dragon sans que ce dernier ne ressente la moindre gêne. Les ailes, situées en retrait de la première paire de pattes, étaient larges et arrondies. Elles permettaient au dragon de voler sur de courtes distances, ce qui le laissait toujours très essoufflé. Deux à trois doigts griffus les ornaient que les dragons s’efforçaient de les maintenir cachés dans les plumes de leurs ailes, mais sans grand succès la plupart du temps car ces doigts étaient très peu mobiles.
Son corps était recouvert de plumes, à l’exception du ventre et du dessous de la queue, qui quant à eux étaient protégés par de larges écailles allant du beige/jaune au noir selon les individus. La queue du dragon de poulailler, relativement courte et trapue était recouverte de plumes plus longues et plus larges que le reste du plumage.


Illustration de dragon de poulailler déplié.



Espérance de vie : Ce dragon avait une espérance de vie d’environ sept ans en milieu ‘naturel’ – à savoir dans un poulailler. Le spécimen mâle du Conservatoire a tout de même atteint l’âge canonique de 138 années avant de s’éteindre en avril 2009. Cette exceptionnelle longévité n’a rien d’extraordinaire : en effet, les dragons de poulailler sauvages étaient immanquablement sacrifiés par les fermiers au bout de quelques années, soit parce qu’ils avaient été repérés, soit parce que la poule qu’ils incarnaient avait été jugée trop vieille et bonne pour la cocotte minute.

Caractère : Ce dragon a été décrit comme 'particulièrement attentif à reproduire le comportement des poules dans ses moindres détails'. Ce qui a fini par être sa perte. A force d'imiter nos paisibles gallinacées, ce petit dragon a en effet perdu toute capacité à s'adapter à des changements brutaux dans son environnement et n'a pas supporté le cap de l'élevage industriel au détriment des petits élevages familiaux. Le dragon de poulailler est exclusif, et vit très mal l’introduction d’un congénère dans SON terrain de chasse, ce qui est une autre des raisons de l’extinction de ce petit dragon.

Localité et habitat naturel : Ce dragon était présent dans les poulaillers de campagnes, en Europe du Sud/Ouest essentiellement où le climat restait doux la plupart de l'année.

Régime alimentaire : Ce dragon se nourrissait exclusivement d'œufs de poules. La morphologie de ses crocs et de sa langue en gouttière étaient par ailleurs particulièrement bien adaptés au gobage discret de ces derniers.

Mœurs : Le dragon de poulailler était un dragon parasite. Il vivait au détriment de l'espèce qu'il imitait, à savoir : la poule domestique. Pour s'introduire discrètement dans un élevage de poules, il boulottait une de ces occupantes à la nuit tombée, ce qui lui permettait d'adopter sa couleur de plumage et de s’introduire sans vagues dans la place. Il décalquait alors son comportement sur celui des survivantes et se faisait bien vite accepter par ces dernières, piaillant quand les poules piaillaient, gloussait, grattait à la recherche de vers... Bref, pour un fermier peu observateur, rien n'avait changé dans sa basse-cour puisque ce dragon poussait le vice jusqu’à ne se déplacer plus que sur ses membres postérieurs, dissimulant ses antérieurs sous ses larges ailes.

Chaque soir, le petit dragon profitait du sommeil de ses innocentes copines de basse-cour pour aller discrètement chiper deux œufs. Un pour sa pitance, l'autre pour faire diversion. Le premier œuf était prestement percé d'un petit trou pratiqué à l'aide d'une des longues canine du dragon, qui ensuite introduisait sa langue à l'intérieur pour en aspirer goulument le contenu. Il allait en général disposer de la coquille discrètement en la balançant de l'autre côté de l'enclot. Le second œuf était quant à lui couvé avec attention par le dragon, jusqu'à ce qu'on vienne le récupérer le lendemain ou jusqu'à ce qu'il ait faim le soir venu.

Ces dragons, peu gourmands, pouvaient cohabiter avec les poules en bonne harmonie tant qu'aucun congénère ne venait se rajouter à l'équation. En effet, si par mégarde le nouveau dragon se trompait de cible et bouffait un dragon-poule à la place d'une vraie poulette (le dragon de poulailler pousse le mimétisme jusqu'à ne pas réagir autrement qu'en mode poule face à un prédateur, même de sa propre espèce… Dès fois qu’un témoin risque de griller son camouflage !), le résultat était désastreux et le coupable immédiatement démasqué, car manger un dragon qui a mangé une poule ne change en rien la couleur originelle du plumage, pour une raison qui demeurera inconnue faute de cobayes pour effectuer des tests.
Si le nouvel arrivant dévore une seconde poulette, une concurrence s'établie bien vite entre les deux dragons, qui se défient la nuit venue et essayent de se chasser mutuellement, ce qui ne manque pas de perturber les occupantes légitimes du poulailler et finit par mettre la puce à l’oreille au propriétaire des malheureuses volailles.

Avec la raréfaction des élevages de poules traditionnels - ce dragon n'a pas pu s'adapter à la batterie où les œufs disparaissent dans des tuyaux au lieu de rester SOUS la cocotte - la surpopulation a fait que des petits poulaillers familiaux se sont retrouvés composés uniquement de dragons mimant des poules. Et sans poule, plus d'œufs pour nourrir les dragons affamés, qui par ailleurs passaient leur temps à se défier au lieu de s’inquiéter de la disparition de leur source de nourriture.

Le mode de reproduction de ce dragon utilise là encore l'œuf de poule. La dragonne vole plusieurs œufs - en général un par soir - qu'elle perce d'un petit trou avant d'y pondre un ovule fécondé. Le fœtus du dragonnet se développe alors en puisant dans les réserves de l'œuf, au détriment du poussin. La mère devenait alors particulièrement agressive et ne laissait plus personne s'approcher de son nichoir, jusqu'à éclosion de la couvée deux semaines plus tard, toujours en pleine nuit. Les jeunes dragons de poulailler étaient alors chassés sans ménagement par leur mère, et devaient se trouver rapidement une basse-cour personnelle.

Aucun accouplement n'a pu être observé, les derniers spécimens vivant en captivité s'étant contentés d'imiter soigneusement leurs compagnes à plumes en essayant de rester les plus discrets possibles.
 
 
Ecrit par: William Pilgrim, Le: 07/09/09